« Murs, ville, / Et port… » Découvre Les Djinns, le célèbre poème de Victor Hugo, en papier découpé animé : le poème lu avec les rimes en couleur, l’explication et les mots difficiles… et un mode récitation pour l’apprendre par cœur !
C’est la nuit, dans une ville au bord de la mer. Tout dort… Soudain, un petit bruit naît dans la plaine. Il approche, il grandit, il devient énorme : ce sont les djinns, les génies des légendes d’Orient, qui passent en tempête au-dessus de la ville ! Puis ils s’éloignent, et le silence revient. Regarde bien la forme du poème : les vers s’allongent de 2 à 10 syllabes quand les djinns approchent, puis raccourcissent quand ils s’en vont. Le poème a la forme du bruit !
Les mots expliqués
- Un djinn : un génie des légendes arabes, comme le génie de la lampe d’Aladin
- Un essaim : un groupe qui vole ensemble, comme les abeilles
- L’aquilon : un vent du nord, froid et violent
- La grève : le bord de la mer
- Narguer : se moquer de quelqu’un en le défiant
Le savais-tu ?
Victor Hugo a écrit ce poème en 1828, à 26 ans. Il fait partie d’un recueil, Les Orientales, plein de palais, de déserts et de légendes d’Orient. Pourtant, Victor Hugo n’était jamais allé en Orient ! Il a tout imaginé, en lisant des livres et en regardant des tableaux.
Le texte du poème, tel qu’il est lu dans la vidéo (Victor Hugo, Les Orientales, 1829 ; la 9e strophe n’est pas lue) : Murs, ville, Et port, Asile De mort, Mer grise Où brise La brise, Tout dort.
Dans la plaine Naît un bruit. C’est l’haleine De la nuit. Elle brame Comme une âme Qu’une flamme Toujours suit !
La voix plus haute Semble un grelot. D’un nain qui saute C’est le galop. Il fuit, s’élance, Puis en cadence Sur un pied danse Au bout d’un flot.
La rumeur approche. L’écho la redit. C’est comme la cloche D’un couvent maudit ; Comme un bruit de foule, Qui tonne et qui roule, Et tantôt s’écroule, Et tantôt grandit.
Dieu ! la voix sépulcrale Des Djinns !… Quel bruit ils font ! Fuyons sous la spirale De l’escalier profond. Déjà s’éteint ma lampe, Et l’ombre de la rampe, Qui le long du mur rampe, Monte jusqu’au plafond.
C’est l’essaim des Djinns qui passe. Et tourbillonne en sifflant ! Les ifs, que leur vol fracasse, Craquent comme un pin brûlant. Leur troupeau, lourd et rapide, Volant dans l’espace vide, Semble un nuage livide Qui porte un éclair au flanc.
Ils sont tout près ! — Tenons fermée Cette salle, où nous les narguons. Quel bruit dehors ! Hideuse armée De vampires et de dragons ! La poutre du toit descellée Ploie ainsi qu’une herbe mouillée, Et la vieille porte rouillée Tremble, à déraciner ses gonds !
Cris de l’enfer ! voix qui hurle et qui pleure ! L’horrible essaim, poussé par l’aquilon, Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure. Le mur fléchit sous le noir bataillon. La maison crie et chancelle penchée, Et l’on dirait que, du sol arrachée, Ainsi qu’il chasse une feuille séchée, Le vent la roule avec leur tourbillon !
Ils sont passés ! — Leur cohorte S’envole, et fuit, et leurs pieds Cessent de battre ma porte De leurs coups multipliés. L’air est plein d’un bruit de chaînes, Et dans les forêts prochaines Frissonnent tous les grands chênes, Sous leur vol de feu pliés !
De leurs ailes lointaines Le battement décroît, Si confus dans les plaines, Si faible, que l’on croit Ouïr la sauterelle Crier d’une voix grêle, Ou pétiller la grêle Sur le plomb d’un vieux toit.
D’étranges syllabes Nous viennent encor ; Ainsi, des arabes Quand sonne le cor, Un chant sur la grève Par instants s’élève, Et l’enfant qui rêve Fait des rêves d’or.
Les Djinns funèbres, Fils du trépas, Dans les ténèbres Pressent leurs pas ; Leur essaim gronde : Ainsi, profonde, Murmure une onde Qu’on ne voit pas.
Ce bruit vague Qui s’endort, C’est la vague Sur le bord ; C’est la plainte, Presque éteinte, D’une sainte Pour un mort.
On doute La nuit… J’écoute : — Tout fuit, Tout passe ; L’espace Efface Le bruit.
Et toi, quel bruit de la nuit te fait penser aux djinns ? Parles-en avec ta famille ou ta classe.




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