« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle… » Découvre Spleen, le célèbre poème de Charles Baudelaire, en papier découpé animé : le Paris des années 1850 sous la pluie, les rimes en couleur, l’explication du poème, les mots difficiles au tableau… et un mode récitation pour apprendre les trois premières strophes par cœur !
Le ciel devient un couvercle, la terre un cachot, la pluie des barreaux de prison : avec l’anaphore « Quand… quand… quand… », le monde se referme sur le poète. Puis les cloches éclatent comme un grand cri. Baudelaire fait de sa tristesse quelque chose de beau.
Les mots expliqués
- Le spleen : une tristesse lourde, un ennui profond
- Un couvercle : ce qui ferme une boîte ou une casserole
- Être en proie à : être tourmenté par quelque chose
- Un cachot : une prison sombre et étroite
- Opiniâtrement : avec obstination, sans jamais s’arrêter
- Un corbillard : la voiture qui conduit un cercueil lors d’un enterrement
Le savais-tu ?
En anglais, « spleen » veut dire « la rate ». Les médecins de la Grèce antique pensaient que la tristesse venait d’une humeur du corps, la bile noire, liée à la rate ; en grec, « mélancolie » veut d’ailleurs dire « bile noire ». En 1857, Les Fleurs du mal font scandale : Baudelaire est condamné à une amende et six poèmes sont interdits… jusqu’en 1949 !
Et toi, qu’est-ce qui te fait du bien, les jours de pluie ? Et si un jour une tristesse dure, parles-en à un adulte de confiance.
Le texte du poème
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1861



